François Stimac, responsable de production aux Ateliers du Chêne – Saint-Martin-du-Puy

La campagne dans le sang

François Stimac a célébré ses 41 printemps il y a quelques jours. 41 printemps dont 18 passés chez Charlois. Il fait partie, malgré son jeune âge, de ceux qui ont travaillé avec Denis Charlois. Il fait partie des anciens, de ceux pour qui les valeurs humaines sont un principe, voire un art de vivre. Natif de La Celle-sur-Nièvre, François est un adepte de la nature, de la campagne et, bien sûr, de la Forêt.

Chaque jour, François se lève aux aurores. Quand les autres dorment encore, il prend la route, les routes, celles du Morvan, pour rejoindre Les Ateliers du Chêne à Saint-Martin-du-Puy. Niché dans le Parc Naturel Régional du Morvan, le site est bordé par les forêts, les monts et les vallées verdoyantes, la nature presque à l’état sauvage en longeant les gorges de Narvau et ses cascades. « Je me sens bien ici, on se sent bien ici, je ne suis pas seul à le ressentir ». Le site des Ateliers du Chêne a récemment connu quelques changements dans sa configuration et dans ses activités. « Les choses bougent, changent, s’adaptent. Nous sommes en mouvement perpétuel, c’est ce que j’aime chez Charlois, entre autres ». Dans le groupe depuis bientôt 18 ans, il fait figure d’ancien, un statut assumé avec fierté et parfois un peu de nostalgie.

Et pourtant …

Est-ce le hasard ou le destin qui a mis les établissements Charlois sur la route de François ? « Je n’avais jamais pensé, adolescent, travailler un jour chez Charlois, même en habitant à quelques kilomètres de Murlin. J’ai grandi à la campagne, je partageais mon temps entre l’école, les parties de pêche, la chasse… et puis la natation que j’ai pratiquée pendant des années au niveau régional ». Des années d’insouciance teintées du bonheur de grandir au milieu des champs, des forêts, des rivières, des animaux… Puis vient le moment de quitter le nid familial et de prendre son envol. François quitte la Nièvre et commence sa vie d’étudiant à Dijon, en BTS technicien de Labo. « Tout ne s’est pas passé exactement comme je l’avais imaginé, mais ce furent de très belles années, qui se sont terminées sans le BTS mais avec plein de souvenirs. L’école de la vie ». Retour au bercail et recherche d’un travail. « Il n’était pas question de rester à la maison, chez mes parents, sans rien faire. Ce n’est pas dans ma mentalité, et j’en connais qui n’auraient pas supporté ça bien longtemps ».

Quand le téléphone sonne …

Ce n’est pas l’appel à un ami, mais l’appel d’un ami, un ami de longue date de la famille Stimac qui va bouleverser l’été de François. « Ça embauche chez Berthomieu, ça te dit d’essayer ? J’ai accepté tout de suite, j’ai attaqué le lundi matin, en septembre 2007. Je n’ai jamais quitté le groupe depuis cette date. J’ai appris chaque jour un peu plus sur le bois, le chêne. J’ai appris, on m’a transmis, ça m’a intéressé. Quel que soit le boulot, dès l’instant où tu es intéressé, tu progresses, tu as envie d’en savoir plus, de comprendre tout simplement ». Premier poste à la tonnellerie pour François, la pose des cercles en châtaigner, à la finition. « Ce n’est pas le poste le plus facile, mais ce n’est pas le plus compliqué non plus. Pendant l’année passée à la Tonnellerie Berthomieu, je suis passé par tous les postes sauf la chauffe et la réparation. Là, il faut vraiment connaître le métier de tonnelier, ce qui n’est pas possible en une seule année ».

L’appel de Murlin

Embauché, contrat en main, François rejoint la merranderie à Murlin après un an passé à la Tonnellerie Berthomieu. « J’ai eu la chance d’être formé par des gars comme Tito, qui est encore là, par Patrick Donzé avec qui j’ai aimé travailler, avec Jérémy Manias aussi. J’ai surtout eu la chance de bénéficier de quelques conseils de délignage de la part de Denis Charlois, je m’en souviens comme si c’était hier. ». Là aussi, François apprécie la polyvalence, la patience aussi. « Même si chez Charlois ça peut aller très vite, il faut faire ses preuves, montrer de quoi on est capable, qu’on a envie, le reste suit ». Neuf années de merranderie, de délignage, un peu de sciage et un peu de fente aussi, afin de parfaire ses connaissances du chêne pour ensuite les transmettre. Il y a eu la Tonnellerie Berthomieu, Maison Charlois puis les Ateliers du Chêne, un peu plus loin du berceau. « On m’a proposé de prendre des responsabilités. Ça ne se refuse pas. C’est aussi une marque de confiance, une récompense pour le travail accompli des précédentes années. C’est aussi l’occasion de découvrir autre chose, d’autres facettes du chêne, d’autres gens, d’autres lieux. C’était un nouveau challenge, j’en ai besoin, sinon je m’ennuie. Avec l’arrivée de nouvelles activités, les travaux en cours sur le site de Saint-Martin-du-Puy, il y a du mouvement et c’est ce qui me plaît. Pas une journée ne ressemble à une autre ».

Trois questions à François Stimac :

Ce mois de septembre 2026, c’est votre 19ème année chez Charlois qui est, à ce jour, le seul employeur que vous avez eu. C’est assez rare de nos jours.

C’est exact. J’ai commencé à travailler chez Charlois, à la Tonnellerie Berthomieu-Ermitage à La Charité. Je ne connaissais rien à ce métier, à ce milieu, tout ce que je voulais c’était bosser. Après avoir loupé mon BTS, je me demandais ce que j’allais faire de ma peau, et j’en connais un qui n’aurait pas supporté que je reste à la maison sans travailler. Très honnêtement, c’est le premier travail qu’on m’a proposé, j’ai sauté dessus. Cela aurait pu être n’importe quel job, j’y allais. Je crois que j’étais prêt à tout. Je suis plutôt bien tombé, la preuve, 18 ans après, je suis encore là.

Quel est votre regard justement sur ces dix-huit années ?

Pour un gars qui a loupé son BTS, je ne m’en sors pas trop mal. Plus sérieusement, je suis satisfait du chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui. J’aime le boulot que je fais et j’ai fait de belles rencontres. Des personnes qui m’ont appris le travail, transmis des connaissances et avec qui je partage des valeurs importantes pour moi. Je pense à Denis Charlois et ses conseils avisés, à Pat’ Donzé, mon mentor, à Tito qui m’a tout appris du délignage, à Jérémy et plus largement à tous ceux avec qui j’ai eu la chance de travailler et avec qui je travaille aujourd’hui.

Vous êtes issu du milieu rural et vous avez la campagne, la nature, chevillées au corps.

Tout à fait. Je suis un campagnard et je l’assume. Je chasse depuis que je suis en âge de marcher quasiment, je vais à la pêche, aux champignons, je fais mon bois… Pour moi, cette qualité de vie n’a pas d’équivalent et pour le coup, je ne changerai pour rien au monde. Même si j’aime voyager, découvrir d’autres régions, d’autres pays. Je suis très attaché à la Nièvre et à la qualité de vie que l’on y trouve. Il y a un point commun entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle, c’est l’authenticité.

📸: Christophe Deschanel